3 mars 2010

Cheval sans nom

Il y a bientôt deux ans, je discutais sur MSN avec quelqu'un qui, je l'ignorais alors, allait me marquer pour le reste de ma vie. Nous évoquions ce soir là avec passion les titres de quelques chansons qui nous faisaient vibrer l’un et l’autre lorsque le consensus se fit autour du mythique "Horse with no name".

On a tous notre ou nos chansons favorites, qui, connues ou inconnues, nous transportent loin loin loin, et qui, pour une raison ou une autre, soit nous arrachent les larmes des yeux, soit vous redonnent un moral en acier trempé. "Horse with no name" fait indiscutablement partie de mon panthéon à moi, quelque part entre "Mon légionnaire" de Gainsbourg, "Billy Jean" de Mickaël Jackson, quelques mélodies de Fauré, et j’en passe.

M’étant vanté auprès de mon ami, peut être un peu rapidement, de connaître quasi par cœur le texte de cette chanson, et m’apercevant que la réalité est un peu moins flatteuse lorsque je ne chantais pas sur la musique, je me mis à la recherche des paroles sur le Net. Non pas qu’elles fussent d’une particulière complexité, mais j’avais ça et là quelques hésitations sur le texte. J’entrai donc "Horse with no name paroles" dans mon moteur de recherche favori et obtenais en quelques secondes la réponse à ma requête.

Voici d’ailleurs les paroles de ce tube planétaire :

Horse with no name

On the first part of the journey
I was looking at all the life
There were plants and birds and rocks and things
There was sand and hills and rings
The first thing I met was a fly with a buzz
And the sky with no clouds
The heat was hot and the ground was dry
But the air was full of sound

Ive been through the desert on a horse with no name
It felt good to be out of the rain
In the desert you can remember your name
cause there aint no one for to give you no pain
La, la ...

After two days in the desert sun
My skin began to turn red
After three days in the desert fun
I was looking at a river bed
And the story it told of a river that flowed
Made me sad to think it was dead

You see Ive been through the desert on a horse with no name
It felt good to be out of the rain
In the desert you can remember your name
cause there aint no one for to give you no pain
La, la ...

After nine days I let the horse run free
cause the desert had turned to sea
There were plants and birds and rocks and things
There was sand and hills and rings
The ocean is a desert with its life underground
And a perfect disguise above
Under the cities lies a heart made of ground
But the humans will give no love

You see Ive been through the desert on a horse with no name
It felt good to be out of the rain
In the desert you can remember your name
cause there aint no one for to give you no pain
La, la ...


Soudain, j’eus l’idée loufoque de chercher à comprendre l’exact sens de ces paroles. Oui, j’ai des idées étranges parfois, il serait temps que vous vous en rendiez compte… Je me lançai par conséquent avec délices dans un petit travail de version et d’exégèse, exercice dont raffolent les juristes.

Voici donc la traduction suivie des commentaires qu’elle m’a inspirés.

Cheval Sans Nom

Dans la première partie du voyage
Je regardais toute la vie,
Il y avait des plantes et des oiseaux et des rochers et des choses.

Oui, c’est connu : le monde est rempli d’oiseaux, de rochers et… de choses ! Des tournevis, des clés de 12, des parcmètres, des clous de girofle, des endives braisées, des phacochères laineux hypocondriaques. Ou alors faut-il y voir une vibrante dénonciation engagée du saccage de la nature par l'homme qui deverse à grands flots les résidus de sa société déliquéscente ? Ca commence pas très bien cette affaire. Mais continuons notre lecture….

Il y avait du sable et des collines et des anneaux.

Mwé mwé mwé… Du sable et des collines, je veux bien. Mais des anneaux ? Même en anticipant un tout petit peu sur le texte en vous disant que l’histoire est censée se dérouler dans le désert (ouep, le mec il est allé dans le désert avec un cheval sans nom), je crois que le soleil a dû frapper très très fort. Faut toujours mettre un chapeau quand on s’expose au soleil, ma maman me l’a toujours dit. Et il faut boire aussi… de l’eau ! La suite n'es pas piquée des vers non plus...

La première chose que j'ai rencontrée était une mouche bourdonnante

Carrément ! Une mouche bourdonnante ! Dans le désert on est pourtant nettement plus enclin à croiser des dromadaires, des chameaux, des serpents ou des scorpions qu’une mouche bourdonnante. M’enfin…admettons…Nous mettrons ça sur le compte d'une fantaisiste envolée lyrique.
Et le ciel sans nuages,
La chaleur était chaude et le sol était asséché.

Quand le sublime confine au grandiose. Vous remarquerez la splendide figure de style : « la chaleur était chaude ». Ce n’est pas sans rappeler un sommet de la musique française du début des années 2000 « le feu ça brûle et l’eau ça mouille ». En plus il y a plein de façons de caractériser la chaleur : étouffante, assommante, terrible, mortelle, supportable… je ne vais pas tous les passer en revue. Un surréaliste aurait pu écrire que la chaleur était glaciale et que le sol était plein de nuages, mais il faut croire que l’audace n’était pas de mise ce jour là.

Mais l'air était plein de bruit.

Du bruit ? Encore une rave-party ! Ou alors des essaims de mouches bourdonnantes...?

[Refrain]
J'ai traversé le désert sur un cheval sans nom

Un cheval sans nom ? C’est tout ce qu’il a trouvé pour singulariser son canasson ? Nan passke déjà, un cheval sans nom, je suis sincèrement navré de vous l'apprendre, ça n’existe pas ! Demandez à Homar Shariff pour voir… La suite du texte laisse poindre une autre explication. Rendez-vous quelques lignes plus bas. Ou alors... il parle d'un cheval sauvage qui erre dans les immenses steppes qui n'auraient point déplues à Borodine. Mais quelque chose me dit que ce n'est pas de cela dont il s'agit.

Ca faisait du bien de sortir de la pluie

Alors pour le coup, "sortir de la pluie", je veux bien. Personne n'aime ça, la pluie. Ca fout le moral à zéro. C'est tout pourri. D'ailleurs c'est marrant, mais cette phrase me fait songer à l'une des chansons de Rod Stewart "Jack's Talking" dont les paroles sont exactement inverses : "I'm comming to London / 'cause i'm tired of the sun".

En revanche, la suite ne lasse pas de me surprendre...

Dans le désert tu peux te souvenir de ton nom
Parce qu'il n'y a personne pour te faire souffrir.

Ha bon ? Parce que lui quand on lui dit « Bouh t’es qu’un rô vilain » il oublie son nom ? faut pas être si émotif mon gars ! La vie elle est dure hein ! Non, mais je vous le demande : où a-t-on vu que la souffrance faisait oublier son nom ? Je ne parle pas de torture, de gégène ou de tabassage entrecoupé d’apnée forcée dans une baignoire remplie de camembert fondu, ce qui peut effectivement faire perdre la mémoire, dans le meilleur des cas…
Ou bien alors, on pourrait émettre une hypothèse alternative : s’il se rappelle son nom passke y’a personne qui fait son vilain avec lui, en revanche il en a oublié le nom du cheval ! Et là-dessus, il nous sort l’argument à la con que le cheval n’avait pas de nom. Moi je dis qu'il faudrait arrêter de nous prendre pour des débiles mentaux ! On a compris le shtib !! Mais quelque chose m'échappe sûrement...

Après deux jours dans le soleil du désert
Ma peau a commencé à virer au rouge

Nous ne saurions que vivement recommander à nos lecteurs de ne pas suivre l’exemple inconsidéré de cet individu qui s’expose au soleil en plein désert sans utiliser de crème solaire. Pensez à votre capital soleil et aux mélanomes de la peau qui n’attendent que de se faire titiller par les UV pour vous pourrir la vie. Sortez couverts ! En plein désert en plus, il suffit de quelques secondes pour être cramé et se transformer en homard écarlate.

Après trois jours dans les distractions du désert
Je regardais le lit d'une rivière
Et l'histoire parle d'une rivière qui coulait
Ca m'a rendu triste de penser qu'elle était morte.

Des distractions hein ? Oué, j’ai bien compris : il s’est shooté comme une brute avec des cactus hallucinogènes.
Et de quelle histoire parle-t-il ensuite ? Hein ? Faut arrêter la fumette ! Vous noterez encore une fois l’extrême émotivité de type qui pleure comme une madeleine à cause d’une rivière asséchée qu’il n’a jamais connue.
Vous allez voir un tout petit peu plus bas que le fumage inconsidéré de cactus peut nuire gravement à la santé :

[Refrain]
Tu vois j'ai traversé le désert sur un cheval sans nom
Ca faisait du bien de sortir de la pluie
Dans le soleil du désert tu peux te souvenir de ton nom
Parce qu'il n'y a personne pour te faire souffrir

Après neuf jours j'ai laissé le cheval s'enfuir

T'as laissé le cheval s'enfuir ? Ca c’est pas malin du tout ! Non seulement tu es à pied et donc tu te fatigues encore plus, mais en plus ton canasson il va crever tout seul dans le désert… Mais que fait Brigitte Bardot ?


Parce que le désert était devenu une mer

Quand je vous parlais des méfaits des cactus hallucinogènes, nous y voici en plein…

Il y avait des plantes et des oiseaux et des rochers et des choses
Il y avait du sable et des collines et des anneaux

L'océan est un désert avec de la vie en-dessous
Et un déguisement parfait dessus
Sous les villes repose un coeur fait de terre
Mais les humains ne donneront pas d’amour.

Je ne m’aventurerai pas à commenter ces quelques phrases dont la portée philosophique est imperméable à ma sagacité. L’image océan/désert n’est pas très audacieuse mais elle est jolie, quoiqu’éculée. Quant au reste... je vous laisse tirer vous mêmes les conclusions que vous voudrez !

Après en avoir ainsi piétiné allégrement les paroles, vous serez certainement amenés à croire que je déteste cette chanson finalement bien ridicule.

Au risque de vous décevoir, elle fait toujours partie de mes tubes préférés, envers et contre tout.  A n'en pas douter la musique, l'arrangement, y est pour beaucoup, et la musicalité des paroles également. Ce que je lui trouve ? Ben, je ne sais pas trop… Elle me plait et c’est tout. Dès les premières mesures, dès le premier accord, me voici transporté dans mon imaginaire, et les larmes ne sont jamais loin, car désormais associée à quelqu'un qui a traversé ma vie avec l'intensité d'une étoile filante perforant la nuit. C'était notre chanson. Celle que nous pouvions écouter ensemble en nous serrant l'un contre l'autre, celle sur laquelle nous avons fait l'amour, celle sur laquelle j'ai pleuré quand il m'a quitté.

Je ne sais pas ce qu'il est devenu, s'il s'est trouvé, s'il est heureux, s'il s'est marié, s'il est devenu papa. Mais souvent encore je pense à lui....


Laaaaaaaaa laaaaaaaaaaaaaa...
...lala lala laaaaaaaa...


7 commentaires:

  1. nostalédonie3 mars 2010 14:07

    Hââââân ! Il va être VERT mân Doudou quand il va woir comment tu lui démontes une de ses chansons préférées ! Aaaaaah "Hôtel California" ... les Eagles , Beatles, Simon & Garfunkel, Dire Straits, AMERICA et tant d'autres ! S'en foutait quand il les entendaient là-bas sur le Caillou (l'était nul en anglais !)
    Comme tu dis, y a ces accords et cette musicalité des paroles inégalables !Et lui ôssssiiiii... se souvient !
    Bonne journée !
    les 2zm

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  2. Alors en ce qui concerne les anneaux, c'était peut etre un ami de Tolkien. Point barre.
    Pour ce qui est du délire, j'aimerais t'y voir, toi à te mettre en plein désert avec un canasson et une mémoire de poisson lune, on verra bien quelle chanson tu nous sors.
    Pour de vrai, j'adore également cette chanson. Sans pour autant qu'elle ne me rappelle quelqu'un, je l'aime bien, c'est tout, j'aime sa nostalgie.
    Sympa ton interprétation de texte, ça m'a fait bien marrer.

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  3. euh... moi pas connaitre..elle est de qui cette chanson ???

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  4. @ Nostalédonie : Tân Doudou s'en remettra j'en suis sûr ! Et tu es là pour le consoler aussi, non ?
    Laa laa lala lala laaaaa...

    @ Fabisounours : Tolkien est formel : il déclare ne pas avoir écrit une seule ligne de cette chanson :D

    @ Francis : Comme l'indique le minilecteur Deezer placé tout en bas à droite du billet, cette chanson (sortie en 1972) est du groupe America dont elle constitue je crois son seul tube. Tu en apprendras un tout petit peu plus sur Wiki. On l'entend encore régulièrement sur certaines radios.

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  5. Je pulsoie, America est resté connu because of, attention une balade bien niaise a base de tudidu du di duu, You can do magic ( magic mixer peut être)...enfin aux US.

    Pour traduction de chanson avec chevaux qui sortent d'on sait pas ou, je propose Thunder de East17, un groupe qui aimait le couvre-chef en forme de ventouse a chiotte.

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  6. Y a la suite qui est sortie plus tard, "l'hippocampe sans nom"...
    Je vous recommande, dans le même type d'exercice le "no milk today my love has gone away"...
    Si quelqu'un peut m'éclairer sur le sens profond de cette chanson, je suis preneur !

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  7. @ Oreste : Chez East17, il n'y a pas que la forme du chapeau qui rappelle les chiottes ! x_x

    @ Kingluther : Sujet très intéressant en effet... je me pencherai sur cet autre cas de démence du parolier à l'occasion, avec d'autant plus de plaisir que j'aime bien cette chanson !

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